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Saïd Hajji : Le journaliste qui a écrit les premiers mots de l’indépendance du Maroc

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14 Août

Saïd Hajji : Le journaliste qui a écrit les premiers mots de l’indépendance du Maroc

Lorsque l’on évoque les grandes figures du mouvement national marocain, les noms d’Allal El Fassi, Ahmed Balafrej ou Mehdi Ben Barka viennent rapidement à l’esprit. Pourtant, l’histoire de l’indépendance du Maroc ne s’est pas seulement construite dans les manifestations ou les négociations diplomatiques. Elle s’est aussi écrite dans les journaux, les articles et les éditoriaux. Parmi les pionniers de cette bataille intellectuelle figure Saïd Hajji, journaliste, écrivain et militant, considéré comme l’un des fondateurs de la presse nationale moderne.

Dans cet épisode de Citiscape, le podcast de CitizOn consacré aux villes marocaines, nous revenons sur le destin exceptionnel de cet homme disparu à seulement trente ans, mais dont la plume a profondément marqué l’histoire contemporaine du Maroc.

Saïd Hajji, une jeunesse au cœur du Maroc sous Protectorat

Saïd Hajji naît à Salé en 1912, quelques semaines après la signature du Traité de Fès, qui place une grande partie du Maroc sous Protectorat français. Toute son existence se déroule dans un pays où les institutions marocaines subsistent, mais où le pouvoir politique est désormais largement contrôlé par l’administration coloniale.

Il grandit dans une famille cultivée et aisée de Salé, ville réputée depuis des siècles pour ses savants, ses juristes et ses intellectuels. Très tôt, il développe une passion pour la lecture. Il découvre les grands journaux venus d’Égypte, du Liban ou de Syrie, où s’expriment les idées réformistes et nationalistes qui traversent alors le monde arabe.

Adolescent, il ne se contente pas de lire : il écrit déjà. À seulement quinze ans, il crée une association culturelle et réalise avec quelques camarades des journaux manuscrits qui circulent discrètement dans les écoles et parmi les lettrés de Salé. Derrière ces feuilles modestes se dessine déjà une conviction profonde : un peuple ne peut défendre sa liberté sans maîtriser son propre récit.

Son parcours se poursuit au Moyen-Orient, notamment au Caire et à Damas. Ce séjour joue un rôle décisif dans sa formation intellectuelle. Il découvre une presse arabe moderne, structurée, influente, capable de mobiliser l’opinion publique et d’accompagner les grandes revendications politiques de son époque. Il comprend alors que le Maroc accuse un retard considérable dans ce domaine. Pour construire une conscience nationale, il faut d’abord construire une presse nationale.

Une plume au service du mouvement national marocain

De retour au Maroc dans les années 1930, Saïd Hajji se fixe une mission : créer une presse marocaine écrite par des Marocains, pour des Marocains.

En 1937, il participe à la création du journal Al Maghrib, l’un des premiers journaux nationalistes rédigés en arabe. À une époque où la presse est étroitement surveillée par les autorités coloniales, cette initiative constitue un véritable acte politique.

Chaque numéro publié représente un défi. Les exemplaires sont régulièrement saisis, les imprimeries surveillées et les rédacteurs soumis à une forte pression. Pourtant, les articles continuent de circuler. Les journaux passent de main en main, sont copiés, commentés dans les cafés, les écoles ou les maisons particulières. Même lorsque les autorités confisquent les exemplaires, les idées continuent de se diffuser.

Cette influence vaut rapidement à Saïd Hajji un surnom révélateur : « Sa Majesté la Presse ».

Pour lui, le journalisme ne consiste pas uniquement à rapporter l’actualité. Il doit structurer la réflexion collective, fédérer des citoyens dispersés et faire émerger une conscience nationale. La presse devient un instrument d’émancipation intellectuelle autant qu’un outil d’information.

Son engagement dépasse rapidement le simple cadre journalistique. Il rejoint les premiers cercles du mouvement national marocain aux côtés de personnalités comme Ahmed Balafrej, Boubker Kadiri, Ahmed Elyazidi, Mohamed Diouri ou Omar Ben Abdeljalil.

En 1930, il participe à la mobilisation contre le Dahir berbère, considéré par de nombreux nationalistes comme une tentative de division du pays.

Quelques années plus tard, il contribue au travail collectif qui aboutit au Plan de réformes marocaines de 1934, document fondateur adressé au sultan Mohammed Ben Youssef, à la Résidence générale française et au gouvernement français. Sans revendiquer encore l’indépendance, ce texte réclame l’application des engagements contenus dans le Traité de Fès, davantage de représentation des Marocains dans les institutions, la fin des discriminations administratives et une réforme profonde de la gouvernance.

Saïd Hajji participe activement à la rédaction, à la diffusion et à la structuration de ces idées. Sa force réside dans sa capacité à transformer des revendications dispersées en un véritable discours politique cohérent.

Pourquoi Saïd Hajji reste une figure majeure de l’histoire du Maroc

Le destin de Saïd Hajji est aussi brillant que tragique.

Le 2 mars 1942, il meurt des suites d’une maladie à seulement trente ans, quatorze années avant l’indépendance du Maroc. Il ne verra jamais les événements majeurs qu’il a pourtant contribué à préparer : la présentation du Manifeste de l’Indépendance en 1944, le retour d’exil du sultan Mohammed V ou l’accession du Royaume à l’indépendance en 1956.

Son héritage dépasse pourtant largement la durée de sa vie.

Il laisse une œuvre journalistique considérable, des analyses politiques, des essais, des articles et surtout une méthode. Il démontre qu’avant toute transformation politique, il est nécessaire de construire un espace de débat, d’information et de réflexion.

À une époque où la parole publique est contrôlée, écrire devient déjà une forme de résistance. Informer devient un acte politique. Produire un récit national devient une condition essentielle de la souveraineté.

Aujourd’hui encore, les historiens considèrent Saïd Hajji comme l’un des pionniers du journalisme marocain moderne et l’une des grandes figures intellectuelles du mouvement national. Son influence se retrouve dans toute une génération de militants, d’écrivains et de journalistes qui poursuivront son travail jusqu’à l’indépendance.

À travers son parcours, c’est aussi l’histoire de Salé qui se révèle. Longtemps considérée comme l’un des principaux foyers intellectuels du Maroc, la ville a joué un rôle déterminant dans la naissance du nationalisme moderne. Derrière les remparts de sa médina se sont élaborées certaines des idées qui contribueront à transformer durablement le pays.

Dans cet épisode de Citiscape, CitizOn vous invite à redécouvrir cette personnalité essentielle mais encore trop méconnue. Plus qu’un journaliste, Saïd Hajji fut un bâtisseur d’idées. Un homme convaincu que les mots pouvaient précéder les révolutions, que la liberté commençait par la capacité d’un peuple à écrire sa propre histoire, et que la presse pouvait devenir l’une des plus puissantes armes de l’émancipation nationale.

Écoutez dès maintenant « Saïd Hajji : l’indépendance par la plume », disponible sur CitizOn, Spotify, Apple Podcasts, Deezer et les principales plateformes d’écoute. Une immersion sonore dans le destin d’un homme qui a choisi la force des idées pour préparer l’avenir du Maroc.

Mahja de CitizOn

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