Les cinémas de Casablanca
Casablanca a longtemps été une ville de cinéma. Bien avant les multiplexes contemporains, les salles obscures faisaient partie du paysage urbain et du quotidien des habitants. On y allait en famille, entre amis, en amoureux. On s’y donnait rendez-vous, on y découvrait le monde, on y apprenait aussi à regarder la ville autrement.
Aujourd’hui encore, même si beaucoup ont disparu, les cinémas de Casablanca racontent une histoire essentielle : celle d’une métropole moderne qui s’est construite au rythme des images projetées sur grand écran.
L’âge d’or des salles casablancaises
Entre les années 1930 et 1980, Casablanca compte plusieurs dizaines de cinémas. Dans le centre-ville, dans les quartiers populaires ou le long des grands boulevards, les façades lumineuses et les enseignes verticales structurent le paysage nocturne. Aller au cinéma est alors un rituel urbain majeur.
Des salles mythiques comme le Rialto, l’Empire, le Vox, le cinéma Lynx ou encore le cinéma ABC attirent chaque semaine des milliers de spectateurs. On y projette des films égyptiens, indiens, américains, français ou marocains. Casablanca devient une ville profondément cinéphile, ouverte aux influences culturelles venues du monde entier.
L’architecture de ces salles témoigne aussi de l’ambition de la ville. Certaines sont conçues par des architectes majeurs du XXe siècle, dans des styles Art déco ou modernistes. Le cinéma Rialto, inauguré en 1930 et dessiné par Pierre Jabin, reste l’un des exemples les plus emblématiques. Sa façade monumentale et sa grande salle à l’italienne en font un lieu de spectacle autant qu’un cinéma.
Ces salles ne sont pas seulement des lieux de projection. Elles sont aussi des espaces sociaux. On y vient pour voir et être vu, pour discuter, pour partager une expérience collective. Dans les quartiers populaires, les cinémas jouent un rôle central dans la vie locale, au même titre que les cafés ou les marchés.

Fermetures, mutations et renaissance culturelle
À partir des années 1990, la situation change. L’arrivée de la télévision satellitaire, des cassettes vidéo puis du numérique transforme les habitudes. La fréquentation des salles diminue fortement. Beaucoup de cinémas ferment, faute de rentabilité ou d’entretien.
En quelques décennies, Casablanca perd une grande partie de son réseau de salles. Certaines sont démolies, d’autres reconverties en commerces ou laissées à l’abandon. Cette disparition progressive suscite une prise de conscience : celle de la valeur patrimoniale de ces lieux.
Car les cinémas de Casablanca ne sont pas seulement des équipements culturels. Ils constituent un patrimoine architectural et social. Ils témoignent d’une époque où la ville se pensait comme une capitale culturelle régionale, ouverte aux influences et aux imaginaires du monde.
Depuis quelques années, un mouvement de redécouverte s’amorce. Certaines salles historiques sont restaurées ou réinvesties pour des événements culturels. Le cinéma Rialto accueille concerts, festivals et projections spéciales. D’autres lieux font l’objet d’initiatives associatives ou artistiques visant à préserver leur mémoire.
Parallèlement, de nouveaux espaces de projection apparaissent : festivals, projections en plein air, ciné-clubs, événements hybrides mêlant cinéma, musique et patrimoine. La relation de Casablanca au cinéma évolue, mais ne disparaît pas.
Aujourd’hui, parcourir la ville à la recherche de ses anciens cinémas revient à explorer une cartographie sensible de Casablanca. Chaque salle raconte un fragment de l’histoire urbaine : celle des loisirs, des modernités successives, des transformations sociales et culturelles.
Les cinémas casablancais rappellent que la ville a toujours été un espace de narration et d’imaginaire. Même lorsque les projecteurs s’éteignent, les façades, les enseignes et les souvenirs continuent de raconter une époque où Casablanca se découvrait aussi dans l’obscurité d’une salle, face à l’écran lumineux.
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